Les collections de la Fondation Baur, Musée des Arts d’Extrême-Orient, riches de près de 9000 objets d’art de la Chine et du Japon, sont abritées dans un élégant hôtel particulier de la fin du XIXe siècle. Le collectionneur suisse Alfred Baur (1865-1951) est à l’origine d’un remarquable ensemble de céramiques impériales, jades et flacons à tabac chinois du VIIIe au XIXe siècle, ainsi que d’objets d’art japonais comprenant des céramiques, laques, estampes, netsuke et ornements de sabre. Depuis 1995, le musée s’est enrichi de plusieurs donations, notamment de laques anciens chinois et de céramiques chinoises d’exportation. Ces collections sont, dans le domaine de l’Extrême-Orient, les plus importantes ouvertes au public en Suisse. Des expositions temporaires sont organisées plusieurs fois par an.

Nouveaux espaces pour
la collection japonaise

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La transformation du deuxième étage de la Fondation Baur requalifie l’étage originellement occupé par les espaces de service de l’hôtel particulier, pour y accueillir nouvellement la collection japonaise. Celle-ci habitait déjà les lieux depuis la transformation de la Fondation datant des années septante.

L’état des installations techniques, du système de sécurité et du concept muséographique, obsolètes, a conduit le Conseil de Fondation à organiser un concours d’architecture pour donner une nouvelle vie aux magnifiques pièces formant la collection.

Notre désir a été de respecter l’architecture d’origine, tout en intégrant les spécificités d’un espace d’exposition et, en particulier, des œuvres appartenant à une lointaine culture traditionnelle. Nous avons choisi de maintenir la présence de la lumière naturelle propre à cet étage, tout en créant des conditions idéales pour apprécier les objets exposés.

La particularité de la collection japonaise est d’être composée de pièces ayant des origines et des usages très divers. Des ornements pour des sabres, des porcelaines, des céramiques propres à la cérémonie du thé, de précieux laques, des netsuke et des estampes composent la collection. Cette diversité était une occasion supplémentaire pour thématiser et préciser notre projet.

Celui-ci propose une interprétation historique de la typologie de l’hôtel particulier. Le deuxième étage du bâtiment était clairement séparé des deux niveaux inférieurs ; il n’appartenait pas aux espaces représentatifs de l’habitation, ni aux espaces de vie, ni à ceux de la réception. La hauteur d’étage était bien moins importante, les pièces étaient plus exiguës et pas organisées en enfilade, enfin les fenêtres étaient de plus petites dimensions. Ces observations nous ont aidé à organiser les espaces d’exposition selon des principes analogues.

Des salles indépendantes les unes des autres exposent chacune des objets ayant une thématique propre. Entre elles, des couloirs de transition, fonctionnant aussi comme zones d’installations techniques, rendent la relation entre les pièces secrète et toujours nouvelle. Chaque espace a des proportions uniques, précisant ainsi la singularité des objets qui y sont montrés.

Pour préserver des conditions d’exposition idéales, une lumière indirecte tamisée entoure des vitrines illuminées de l’intérieur. La lumière naturelle ponctue le parcours dans la collection à deux moments : d’abord, dans la tourelle à mi-parcours où l’on découvre des vues sur le quartier des Tranchées et la ville ancienne, puis, lorsque la visite se termine, par la lumière naturelle qui envahit la pièce où se déroule la cérémonie du thé. Le paysage imaginaire vers lequel nous donnons, correspond au vide entre la verrière sur le toit et le plafond lumineux sur la cage d’escalier du musée. Un non-lieu, un espace blanc sur lequel nous pouvons projeter notre propre image d’un paysage idéal.

L’intérieur des salles d’exposition évoque un espace japonais. La lumière y est rare et diffuse, un éloge à l’ombre selon les vœux de Junichiro Tanizaki, les couleurs calmes et naturelles. Les parois sont indépendantes les unes des autres grâce à un joint négatif. Le même détail est utilisé pour se raccorder au sol et au plafond, cette solution rendant chaque surface autonome, selon les principes des constructions en bois propres à la tradition japonaise. Le sol est en fibres végétales, tel un tatami.

Les nouveaux couloirs sont complètement habillés en bois. Un unique tronc d’un chêne des marais, découvert en Allemagne et datant d’environ 5410 à 5170 ans avant Jésus-Christ, est à l’origine des fines feuilles de placage qui habillent les parois et les plafonds de ces lieux, les transformant ainsi en un musée vivant.

L’intérieur velouté des vitrines a une couleur conçue pour mettre en valeur les objets qui y sont exposés. Chaque objet est mis en lumière par une fine source lumineuse, spécialement adaptée à ses caractéristiques chromatiques. Les tiroirs d’exposition accompagnent les vitrines pour surprendre le visiteur amoureux de l’élégance japonaise.

Andrea Bassi
Architecte